Cher gouvernement libéral

Félicitations pour avoir été élu. Nous vous écrivons en tant que personnes concernées pour le bien-être et la dignité des prisonniers au Canada. Certains d’entre nous sont actuellement incarcérés, certains d’entre nous ne le sont pas. Pendant de nombreuses années, les droits établis par la Charte canadienne des droits et libertés n’ont pas été respectés dans les prisons canadiennes.

Depuis que les conservateurs ont pris le pouvoir, nous sommes revenus à un système d’incarcération fondé sur le châtiment plutôt que la réhabilitation. Cette perspective a eu un impact économique énorme, avec les coûts de la prison et de la construction de la prison en hausse. Cet argent aurait pu être mieux dépensé ailleurs. Nous vous écrivons pour vous solliciter à défendre les droits que toutes les personnes méritent, indépendamment du fait qu’ils sont dans la communauté, ou derrière les barreaux. Vous vous êtes présenté sur votre plate-forme en vous décrivant comme « un véritable changement ” et un espoir. Voici ce que nous pensons que vous devriez changer.

CRIMINALISATION

Nous protestons le fait que plus de gens font plus de temps en prison. Les peines d’emprisonnement sont de plus en plus longues. Plus de gens y retournent pour des cas de violation de libération conditionnelle. Plus de gens sont confrontés à des années supplémentaires à leur peine après avoir été refusé à une audience de la Commission des libérations conditionnelles. Cela a des coûts économiques et humains.

Nous exigeons que tous les projets de loi adoptés au cours de l’époque du gouvernement conservateur en ce qui concerne la prison soient renversés.

Nous exigeons que la Commission des libérations conditionnelles et agents de libération conditionnelle honorent les dates d’admissibilité. Les dates d’admissibilité sont le délai fixé par le juge lors de la condamnation avant qu’une personne soit autorisée à comparaître devant la Commission des libérations conditionnelles.

Nous exigeons le retour de la clause de la dernière chance (Code Criminel, Section 745), dans sa forme originale. Cette loi permettait au gens d’avoir accès à une révision judiciaire après avoir purgé 15 ans de leur sentence. Si la révision était favorable, les gens devenaient éligibles à passer devant la Commission des libérations.

Nous recommandons une révision du processus de révocation de la libération conditionnelle. Il est injuste que la Commission des libérations conditionnelles puisse imposer une peine d’emprisonnement de quatre ans après la révocation de la libération conditionnelle pour avoir enfreint une condition de libération conditionnelle. Les membres du Conseil des libérations conditionnelles ne sont pas des juges. Le processus présent ne ressemble pas du tout à un procès. Le processus, tel qu’il fonctionne actuellement,  résulte à être enfermé pendant quatre ans pour des actes aussi banals que de dépasser le couvre-feu d’une minute.

Nous exigeons des périodes d’attente plus courtes pour les personnes qui ont reçu une décision négative de la Commission des libérations conditionnelles et qui désirent voir la Commission des libérations conditionnelles à nouveau. Le temps d’attente moyen est actuellement de deux ans, ce qui est trop long.

JUSTICE

Nous protestons le transfert de prisonniers sur la base d’allégations non prouvées. Nous protestons l’impunité du système pénitentiaire dans son ensemble. Nos soi-disant « mauvaises attitudes » ne sont pas une raison pour un transfert et l’augmentation du niveau de sécurité. Nulle part dans notre plan correctionnel est-il dit : que nous devons être heureux. Nous protestons le manque d’intimité à la fois en prison de même qu’en liberté conditionnelle ou en probation. Beaucoup de prisonniers sont actuellement confrontés à une double occupation, qui est accompagnée par une perte à la fois de la dignité et de la vie privée.

Nous demandons la création d’un groupe indépendant pour traiter les plaintes des détenus. Permettre le Service correctionnel du Canada d’ «enquêter» lui-même est une injustice inhérente et un manque de transparence. Nous exigeons que les doléances des prisonniers soient traitées de façon équitable et efficace, ce qui veut dire en toute bonne foi et dans un délai de trois mois après que la doléance soit soumise.

Nous demandons la mise en place de services parajudiciaires, l’accès à des textes juridiques qui sont mis à jour, des avocats bénévoles ou des étudiants en droit, et pas de répercussions disciplinaires pour les personnes qui utilisent ces connaissances pour eux-mêmes et pour aider les autres.

Nous exigeons la fin de toutes les pratiques de double occupation pour n’importe quelle durée de temps.  La double occupation des cellules signifie que deux personnes vivent dans une cellule de 8 ” par 12” qui contient un lavabo, un bureau, une chaise, des toilettes, et une étagère. Vivre dans ces conditions a donné lieu à une augmentation des incidents d’agressions sexuelles, de vol, et d’agressions physiques.

TRAVAIL

Nous protestons les coupures salariales. Nous devrions avoir accès à des salaires réels, et non pas quelques centimes. CorCan (industrie du Service correctionnel du Canada) est une entité distincte du SCC. Sa mission était de fournir des emplois et des compétences significatives aux détenus. C’était un moyen qui permettait  aux détenus de longue durée de garder leurs familles ensemble et aux détenus de courte durée d’accumuler un peu d’argent pour leurs libérations. À l’automne 2013, la rémunération des prisonniers a été coupée. Les primes / récompenses que les détenus recevaient pour travailler à CorCan ont été retirées.

Présentement, le salaire maximum que nous faisons en 10 jours est de 69$. De cette somme, nous devons payer 15,18 $ pour les services de cuisine, 5,52 $ pour les services de téléphonie et d’entretien, 11 $ pour les frais de télévision et d’entretien, et 3,73 $ pour nos comptes d’épargnes. Après ses dépenses, il nous reste seulement 33,57 $. Nos taux de rémunération n’ont pas été indexés à l’inflation depuis 1982. Le coût de la vie a augmenté au fil des années et les fonds sont nécessaires pour soutenir nos familles, les aider à payer les visites, et épargner pour notre libération éventuelle.

Nous exigeons que notre taux salarial soit égal au salaire minimum provincial dans la province où nous sommes emprisonnés, que nos salaires reflètent le coût de la vie en 2016 et qu’il augmente à chaque année en fonction de l’inflation.

Nous demandons que la prime donnée aux travailleurs de CORCAN soit rétablie.

Nous exigeons l’accès à une assurance réelle pour les lésions et maladies professionnelles. Le montant courant de 2,50 $ que nous recevons présentement est insuffisant.

Nous exigeons l’accès au régime de retraite canadien.

Alors que nous protestons contre les réductions salariales, nous dénonçons le manque de possibilités d’emploi à l’intérieur de la prison. Nous protestons aussi le manque de possibilités d’emploi pour les prisonniers qui ont été libérés et nous mettons l’accent sur la nécessité d’un soutien à la recherche d’emploi qui se spécialise dans le placement des prisonniers.

Nous exigeons l’accès aux métiers et aux formations en prison qui ont une accréditation qui est reconnue à l’extérieur des prisons.

PROGRAMMES

Nous protestons la fermeture des terrains agricoles des prisons, le dé-financement du programme de Lifeline, et la fermeture de nombreux programmes sociaux productifs et significatifs. Comme indiqué dans le Rapport Perron (groupe de travail sur les délinquants à long terme ), la programmation est essentielle pour une réinsertion réussie.

Nous recommandons que le gouvernement libéral rétablisse les programmes des terrains agricoles. Les programmes agricoles ont contribué à favoriser des compétences essentielles, un sens de l’autonomie, et une forme de zoothérapie à travers le soin donné aux animaux. Les fermes nous ont permis de nous nourrir et ont apporté des revenus aux prisons à travers la vente du lait et d’œufs.

Nous demandons au gouvernement de rétablir le programme Lifeline. Nous demandons en outre que les gens condamnés à vie aient un vote dans le processus d’embauche pour Lifeline.

Nous demandons une réduction du temps d’attente pour tous les programmes, en particulier ceux pour les personnes à sentence à vie ou à long-terme.

Nous recommandons le rétablissement de tous les programmes sociaux fermés pendant le règne du parti conservateur, y compris OPEX, Maison d’ Arrêt, et le programme des compétences de vie.

NOURRITURE

Nous protestons les prix élevés de la nourriture en prison. Nous dénonçons le manque de dates d’expiration sur tous les produits dans les prisons. Nous protestons aussi le manque de formation que nous recevons à l’intérieur de la prison pour pouvoir préparer des repas sains. Certains détenus dans des établissements à sécurité minimale ou moyenne vivent dans des unités de vie autonome, où ils sont supposés préparer leurs propres repas. Ils reçoivent 35 $ par semaine pour la nourriture. Avec le coût élevé de la nourriture, ce montant est insuffisant.

Nous exigeons que les programmes de formation culinaires et alimentaires soient rétablis et que la nourriture de la prison soit préparée par les détenus – et pas achetée congelée, provenant d’ailleurs et réchauffée.

Nous exigeons l’accès à de la nourriture fraîche et du vrai lait à la cafétéria de la prison, où l’on mange trois fois par jour.

Nous exigeons que les repas servis à la cafétéria reflètent les recommandations du guide nutritionnel canadien et que les dates de péremption sur les aliments soient visibles et respectées.

VISITES

Même si c’est nous qui passons du temps derrière les barreaux, les membres de notre famille sont punis pour nos actions. Le traitement irrespectueux et suspect envers notre famille et nos amis est inacceptable. Nos conversations téléphoniques sont coupées court sans préavis. Les heures de visite sont annulées de façon inattendue et sans motif. Il n’y a pas assez de téléphones dans les ailes de la prison. Les temps d’attente sont excessifs. Actuellement, notre famille et nos amis doivent appeler à un numéro de téléphone entre des heures spécifiques en vue de garantir une visite avec nous. Souvent, personne ne répond au téléphone, ou le téléphone est occupé pendant toute la période au cours de laquelle ils peuvent appeler.

Même lorsque nos visiteurs sont en mesure d’obtenir un temps de visite et voyagent, souvent sur une longue distance, pour venir nous voir, leurs visites peuvent être annulées à la porte si la machine d’analyse Ion émet un bip lorsqu’ils sont scanné. Les machines de numérisation Ion qui sont utilisées pour détecter les drogues et les substances illicites sont connues pour produire des résultats erronés. Nous protestons la coupure des journées familiales. Les jours familiaux offraient une occasion de voir nos familles de 9 heures à 15 heures. Ils sont beaucoup moins fréquents que par le passé. Maintenir des relations solides avec les gens de l’extérieur est essentiel pour notre santé et notre bien-être. Nous protestons le manque de soutien que nous recevons pour maintenir ces relations.

Nous exigeons que le personnel du SCC montre plus de respect envers nos visiteurs.

Nous exigeons que SCC répare le système de téléphone afin que le téléphone ne coupe plus. Nous demandons en outre le remboursement du coût de chaque appel téléphonique lorsque nos appels sont coupés, peu importe la durée de l’appel.

Nous exigeons la réintégration des journées familiales. Nous demandons qu’au moins huit aient lieu chaque année.

Nous exigeons plus d’heures de visite dans la soirée pour les membres de familles qui travaillent de jours et ne sont donc pas disponibles les fins de semaine.

ÉDUCATION

Nous devrions avoir accès à l’éducation à l’intérieur. Au cours des 20 dernières années, le Service correctionnel du Canada a réduit presque tous les programmes de métiers qui nous étaient disponibles. Ils ont coupé l’accès à l’éducation à l’extérieur. Nous devrions avoir accès à l’éducation sur la technologie. Les changements progressifs à la technologie à l’extérieur ne nous laissent pas en mesure de fonctionner une fois que nous sortons.

Nous réitérons notre demande de réintégration des programmes de métiers.

Nous recommandons le rétablissement de programmes éducatifs, en particulier en ce qui concerne la technologie moderne et les formes de médias.

Nous recommandons que les bibliothèques contiennent plus de documents à jour, de livres éducatifs, en particulier ceux sur les lois canadiennes.

Nous exigeons que tous les niveaux d’éducation soient accessibles et bilingues.

Nous exigeons que l’accès aux ordinateurs personnels soit rétabli.

SANTÉ

Nous protestons contre le manque d’accessibilité aux services médicaux à l’intérieur de la prison. Beaucoup de gens attendent à l’intérieur pendant des années pour recevoir un diagnostique, puis sont mis sur une autre longue liste d’attente pour une intervention chirurgicale. Ça peut prendre des mois avant de voir un médecin ou un dentiste. Nous protestons le manque de soins palliatifs. Il y a un manque d’assistance de soins personnels pour les détenus âgés, en délaissant plusieurs sans compassion ni dignité.

Nous exigeons que les services médicaux préventifs soient plus accessibles, que l’accès aux multivitamines et aux suppléments soit rétabli et que SCC honore les prescriptions écrites par les médecins de l’extérieur.

Nous exigeons l’accès dans un délai raisonnable aux psychologues qui fournissent des soins de suivi, non seulement pour les évaluations, mais aussi une réduction des temps d’attente pour voir un dentiste ou pour recevoir un examen de la vue, de même que le rétablissement du nettoyage de dents pour les personnes qui purgent des sentences à vie.

Nous exigeons que des professionnels de la santé formés dirigent ses programmes liés à la consommation de drogue et non par les gardiens de prison.

Nous exigeons un traitement approprié pour les détenus âgés, en particulier ceux qui ont besoin d’analgésiques et de médicaments pour les maladies chroniques. Pour ces détenus plus âgés, nous exigeons la levée des restrictions sur certaines prescriptions, afin de prioriser leur santé.

Nous exigeons l’accès à des professionnels formés pour fournir les soins palliatifs et l’aide aux soins personnels pour ceux avec une maladie chronique sévère ou un handicap.

RÉINTÉGRATION

Le service correctionnel du Canada, à travers ses lois sur le système correctionnel, a pour mandat de contribuer à la réadaptation des délinquants et à leur réinsertion dans la communauté. Actuellement, SCC ne remplit pas son mandat de réinsertion. Beaucoup de gens sont renvoyés en prison pour des choses qui auraient pu être traitées dans la communauté. Une fois à l’intérieur de la prison, les gens manquent d’opportunités pour retrouver le contact avec le monde extérieur.

Nous exigeons que plus de groupes communautaires soient admissibles à venir à l’intérieur des prisons en tant que bénévoles afin d’exécuter des programmes de réhabilitation et de construire des relations nécessaires à la réinsertion.

Nous recommandons que le gardien retrouve sa fonction d’approuver les permissions de sorties sans escorte et de sorties avec escorte dans la communauté. Le système actuel obstrue le système avec de la bureaucratie et limite l’accessibilité aux sorties de réadaptation dans la communauté.

Nous exigeons des solutions alternatives à la ré-incarcération pour des violations de liberté conditionnelle. Les violations de libération conditionnelle sont souvent des cas où quelqu’un n’a pas enfreint la loi et, par conséquent, ne devrait pas être punii d’un emprisonnement. Ceci est un problème de l’habeas corpus, et coûte beaucoup aux citoyens.

Nous exigeons que la Commission des libérations conditionnelles cesse d’imposer la clause de non-association comme condition de libération conditionnelle. La clause de non-association est une condition de libération conditionnelle qui exige que les libérés conditionnels sachent dans un délai de quinze minutes si oui ou non ils s’adressent à quelqu’un qui a un casier judiciaire ou un dossier actif avec la police.

COMMUNICATIONS ET MÉDIAS

Les prisonniers sont victimes de discrimination dans les médias. Les articles de presse sur les prisons se concentrent uniquement sur les profils les plus élevés. L’attention des médias et des communications de service publique amplifient les craintes non fondées. Par conséquent, les détenus sont victimes de discrimination lors de leur libération, en particulier en ce qui concerne l’obtention d’un emploi.

Nous exigeons que les histoires de réadaptation et de réinsertion réussies soient célébrées pour souligner le travail acharné des personnes de l’intérieur et de leurs familles.

Nous exigeons la publication transparente des résultats selon lesquels les taux de criminalité sont à la baisse au Canada.

Nous exigeons que la représentation des prisonniers dans les médias change. Avoir une communauté ouverte d’esprit et compréhensive est nécessaire pour réduire les dommages et la récidive et favoriser la réinsertion sociale.

EN CONCLUSION

Les prisonniers méritent le droit à une seconde chance. Nous vous exhortons à tenir compte de nos exigences pour assurer une vie digne pour tous les prisonniers, et à assurer la réinsertion réussie de tous les prisonniers dans la société après leur libération.